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LES PUBLICATIONS DE JEAN-LOUIS GARY

Le Billet du 25 novembre 2018 : Les "gilets jaunes" sont-ils un mouvement anarchiste ?

Le Billet du 25 novembre 2018 : Les "gilets jaunes" sont-ils un mouvement anarchiste ?

Voilà quelques jours que je n’ai pas fait « Ma Petite Revue de Presse ». Des occupations et préoccupations littéraires m’en ont certes éloigné, mais l’actualité débordante revêtue de jaune m’a laissé perplexe. Il n’y aura donc pas de revue, mais un billet.

Je participe à la colère de ceux qui expriment leur ras-le-bol fiscal.

Je partage l’ire de ceux qui dénoncent la fracture grandissante entre les « riches » et les « pauvres » et que les mesures prises, à ce jour, par le gouvernement ont contribué à agrandir. 

J’approuve les revendications des retraités et des classes moyennes qui sont sacrifiées.

Je subis une politique qui méconnait les problèmes de la France rurale et des départements touchés par le chômage, la paupérisation ainsi que la bipolarisation sociétale.

J’enrage contre le ton volontairement et faussement compatissant de certains.

Je dénonce le silence méprisant du Président qui s’intéresse plus à l’Europe et à des pitreries de communicant qu’aux problèmes des Français qu’il se permet de traiter de Gaulois réfractaires aux changements.

Mais,

Je me refuse à la violence contre mes compatriotes.

Je réprouve le ton faussement compatissant de certains gouvernants et édiles qui ne sont intéressés que par leur maintien en fonction, car le politique n’est plus un élu du peuple et est devenu un spécialiste de la manipulation. Il n’est de voir que les campagnes électorales qui sont de véritables constructions marketing auxquelles il est rajouté les « coups bas ».

Je crains que notre société délétère (notamment la France) qui a perdu la notion du bien et du mal, qui rejette le mysticisme pour s’adonner au Dieu Profit, qui perd le contact du vécu pour vivre dans un monde virtuel, ne rentre dans un cycle où va se poser la question de sa résilience face à une remise en cause du pouvoir régalien qui s’est éloigné des préoccupations de la population.

Les « gilets jaunes » par leur volonté de ne dépendre d’aucun parti politique, d’aucun syndicat, m’ont dans un premier temps rappelé le texte d’une conférence qui devait être faite le 6 mars 1896 dans la salle du Tivoli-Vauxhall, à Paris.

 

En voici un extrait :

« …. En effet, il est certain qu’à mesure que le cerveau humain s’affranchit des idées qui lui furent inculquées par les minorités de prêtres, de chefs militaires, de juges tenant à asseoir leur domination et de savants payés pour la perpétuer, — une conception de la société surgit, dans laquelle il ne reste plus de place pour ces minorités dominatrices. Cette société, rentrant en possession de tout le capital social accumulé par le travail des générations précédentes, s’organise pour mettre ce capital à profit dans l’intérêt de tous, et se constitue sans refaire le pouvoir des minorités. Elle comprend dans son sein une variété infinie de capacités, de tempéraments et d’énergies individuelles : elle n’exclut personne. Elle appelle même la lutte, le conflit, parce qu’elle sait que les époques de conflits, librement débattus, sans que le poids d’une autorité constituée fût jeté d’un côté de la balance, furent les époques du plus grand développement du génie humain. Reconnaissant que tous ses membres ont, de fait, des droits égaux à tous les trésors accumulés par le passé, elle ne connaît plus la division entre exploités et exploiteurs, entre gouvernés et gouvernants, entre dominés et dominateurs, et elle cherche à établir une certaine comptabilité harmonique dans son sein, non en assujettissant tous ses membres à une autorité qui, par fiction, serait censée représenter la société, non en cherchant à établir l’uniformité, mais en appelant tous les hommes au libre développement, à la libre initiative à la libre action, et à la libre association.

C’est seulement aujourd’hui que l’idéal de société où chacun ne se gouverne que par sa propre volonté (laquelle est évidemment un résultat des influences sociales que chacun subit), s’affirme sous son côté économique, politique et moral à la fois, et qu’il se présente appuyé sur la nécessité du communisme, imposé à nos sociétés modernes par le caractère éminemment social de notre production actuelle. 

En effet, nous savons fort bien aujourd’hui qu’il est futile de parler de liberté tant que l’esclave économique existe.

Ne parle pas de liberté — la pauvreté c’est l’esclavage !” n’est plus une vaine formule : elle a pénétré dans les idées des grandes masses ouvrières, elle s’infiltre dans toute la littérature de l’époque, elle entraîne ceux-là mêmes qui vivent de la pauvreté des autres et leur ôte l’arrogance avec laquelle ils affirmaient jadis leurs droits à l’exploitation.

 

Cet extrait est tiré de l’œuvre de PIERRE KROPOTKINE L’ANARCHIE LE PRINCE ANARCHISTE

SA PHILOSOPHIE — SON IDÉAL 

Conférence qui devait être faite le 6 mars 1896 dans la salle du Tivoli-Vauxhall, à Paris

 

L’Histoire nous montre que, malheureusement et dans un terme plutôt court au regard du temps humain, chaque tentative pour parvenir à un idéal de société, dont les fondements devraient être des principes humanistes portés par des valeurs sociétales, a été captée par des minorités agissantes, soit politiques soit religieuses.

 

Je crains qu’il n’en soit ainsi du mouvement des “gilets jaunes”, et je le regrette. 

 

Ce qui devait être un mouvement populaire pacifiste tend à la violence, non par la volonté des gilets originels, mais par la récupération opportuniste d’extrémistes agissants. Quelle peut-être l’issue ? Le gouvernement ne peut lâcher sur les taxes du carburant, car ce serait une reculade qui saperait son autorité, et il lui est difficile de trouver des éléments à négocier, car en face il y a maintenant une hétérogénéité de demandes qui se sont agrégées avec le mouvement. La seule solution consiste à monter des contrepropositions qui toucheront diverses cibles de la population et devrait contribuer à fragiliser la présence active des “gilets jaunes”. À plus ou moins court terme, il ne devrait rester qu’une minorité qu’il sera plus facile de traiter. Il restera néanmoins un goût amer pour les déçus qui iront gonfler le nombre des mécontents.

 

Le mouvement originel des "gilets jaunes" n'a pas de vocations politico-politiciennes. Il est l'expression du ras-le-bol de ceux qui ne croient pas au mouvement vertueux prôné par le gouvernement et qui se sentent trahis par les représentants du peuple (les députés) qu'ils ont élus.

 

Le véritable enjeu des politiques sera d’agréger les mécontents pour les prochaines élections, mais, et c’est bien là le problème, voter contre ne veut pas dire voter pour. Compte tenu des divers courants, des diverses tendances, des nombreuses idéologies… “Vous avez voulu avoir Juppé, vous avez eu Fillon, vous avez voulu avoir Le Pen, vous avez eu Macron. Vous avez voulu avoir Vals, vous avez eu Hamon, vous avez voulu avoir Hamon, vous avez eu Macron…” Point d’entente, point de programme commun, Égos surdimensionnés, vous aurez un vote contre, et vous aurez…

 

Les principes de notre constitution ajoutés à la connexité des élections présidentielles et des législatives créent les conditions de mise en place d'une véritable monarchie dont nous avons les inconvénients sans en avoir les avantages. L'exécutif n'a aucun garde-fou puisque les députés solidement encadrés n'exercent aucun contrôles véritables ni aucune pression sur le gouvernement. La rue joue donc ce rôle avec tous les excès connus et tant que nous garderons ces dispositions nous aurons les mêmes conséquences.

 

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